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Décryptage

U, V, W, L… Que signifient les lettres dans les scénarios économiques ?

Les scénarios de reprise économique sont souvent décrits par la forme d’une lettre.
Juillet 2020

Il est encore difficile de prédire si la reprise économique sera rapide, ou si les quelques bonnes nouvelles issues du déconfinement seront suivies d’une crise durable. Pour parler des différents scénarios de reprise, les économistes utilisent souvent des lettres. Leur forme est parlante pour tous.

Les marchés ont fortement rebondi depuis leurs plus bas du mois de mars. Le 26 mai, le S&P 500 a franchi à la hausse le seuil des 3000 points, quand son record historique est de 3386 points. Le Cac 40 a renoué avec les 5000 points pendant six séances consécutives, et reste proche de ce seuil. Comme si les investisseurs n’entendaient que les bonnes nouvelles.

Et pourtant, selon les mots de Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, il règne sur le climat économique une « incertitude exceptionnelle ». L’institution de Francfort, dans ses prévisions du 4 juin, envisageait une baisse de 8,7% pour la zone euro, et une reprise très progressive : 5,2% en 2021 et 3,3% en 2022. Elle a même en réserve deux scénarios alternatifs. En France, le gouvernement table sur une baisse de 11% du Produit intérieur brut pour 2020. Et nul ne sait quelle forme prendra la reprise : une courbe en V ? En W ? En U ?

Le moins probable : la relance en V

Le scenario en V est le plus souhaitable, car il est très optimiste, mais il n’est malheureusement pas le plus probable. Dans cette configuration, la chute est brutale, mais le rebond est extrêmement rapide. L’économie regagne ses niveaux d’avant crise aussi rapidement qu’elle a chuté, puis elle se stabilise. Les Etats-Unis ont connu une reprise en V en 1954, après une période de récession en 1953 due à un ralentissement des dépenses des consommateurs en biens durables, à une baisse des dépenses nationales de sécurité et à une politique monétaire sévère. Le PNB (Produit national brut) passe alors de 307 milliards de dollars en 1953 à 301 milliards en 1954, et rebondit à 322 milliards en 1955. En réalité, la baisse d’activité dans cette crise est minime, moins de 2%, et les fondamentaux de l’économie sont solides. C’est un épiphénomène au milieu des trente glorieuses. Des réductions d’impôts et la reprise des dépenses d’Etat ont favorisé une relance rapide.

La courbe en U, s’il n’y a pas de deuxième vague

La courbe de reprise en U commence comme la précédente, avec un ralentissement très fort de l’économie. L’activité ne repart pas instantanément : il faut plusieurs semestres pour qu’elle se relève, comme après le choc pétrolier de 1973. Alors que le PIB américain a progressé de plus de 5% en 1972 et 1973, le choc pétrolier fait baisser l’activité et le produit intérieur brut recule de 0,54% en 1974 et encore de 0,21% en 1975. Un ralentissement brutal car la croissance alors était forte. Le scenario de la reprise en U est celui qui ressemble le plus à l’anticipation de la banque centrale européenne : une baisse brutale, et une reprise modérée pendant deux ans… avant de gagner de nouveau des niveaux d’avant crise. Ceci, à condition qu’aucune nouvelle vague d’épidémie ne vienne porter un deuxième coup d’arrêt à nos économies.

Le rebond en W, symbole de la crise des subprimes

Le scenario en W pourrait alors se profiler. Sur le papier, l’activité économique ressemble à des montagnes russes… Une chute brutale, suivie d’un rebond significatif, puis une nouvelle chute, presque aussi violente que la première. Mais dans cette situation, la police de caractère compte autant que la lettre employée : selon les différentes typographies, le milieu du W remonte plus ou moins.

La sortie en W est celle qui a suivi la crise des subprimes de 2008. En 2009, le PIB français a chuté de 2,9%, il a progressé de nouveau de 1,9 % et de 2,2% en 2010 et 2011, mais en 2012 et 2013 la croissance est redevenue très faible, à 0,3 % et 0,6% respectivement.

Le pire de tous : le scénario en L

Le scenario en L représente ce qui peut se produire de pire. Il inclut, comme tous les autres, une très forte baisse de l’économie, mais aucune reprise ne suit. C’est le scénario japonais : affecté par la crise qui a touché toutes les économies mondiales en 1991, le pays ne s’est jamais totalement relevé. Alors que son PIB augmentait en moyenne de 4,1% par an entre 1973 et 1991, l’économie nippone a depuis affiché une croissance moyenne de 0,8% par an. Un recul que les économistes attribuent davantage à l’évolution démographique qu’à une incapacité à se redresser.

Et si ce n’était pas un L, mais plutôt une Aile ?

D’abord, une chute brutale, puis, un rebond assez fort, mais qui ne remonte pas jusqu’au niveau d’avant-crise. Cette remontée est alors suivie d’un plateau, situé plus bas que le niveau initial. Ce parcours, qualifié récemment d’aile d’oiseau par le gouverneur de la Banque de France, pourrait bien se produire, non pas dans l’économie réelle, mais sur les marchés financiers. Après un fort rebond, ils pourraient être plus calmes pendant plusieurs mois, notamment parce que les bénéfices risquent de chuter fortement en 2020, et de ne pas être suffisamment élevés en 2021. Avec, à la clé, des dividendes bien maigres.

L'essentiel à retenir

  • Alors que les économies mondiales ont été frappées de plein fouet par le confinement généralisé, différents scénarios de reprise se dessinent.
  • Entre le scénario en V, le plus optimiste, et celui en L, le plus noir, plusieurs formes de rebond sont possibles.