ABONNEZ-VOUS À NOTRE LETTRE D'INFORMATION

Pour suivre nos actualités et nos analyses de marché

Décryptage

Quelles leçons tirer des catastrophes boursières ?

L’affaire Wirecard en Allemagne met à mal toute la place financière.
Novembre 2020

L’affaire Wirecard, qui a éclaté en Allemagne au début de l’été 2020, a secoué les marchés mais aussi l’ensemble de la place financière. Pourtant, il ne s’agit pas du premier drame boursier. Retour sur plusieurs affaires célèbres.

C’est une faillite qui ébranle l’ensemble de la place financière. Wirecard, le géant allemand des paiements en ligne qui faisait partie du DAX (les 30 plus grosses capitalisations allemandes) et qui a valu jusqu’à 24 milliards d’euros en Bourse, a déposé le bilan fin juin 2020. 

Le management de Wirecard a reconnu que certains actifs de l’entreprise étaient totalement fictifs et perdu toute confiance chez les investisseurs. En quelques jours, la valeur du titre a chuté de 100 à 3,3 euros, et le groupe s’est retrouvé incapable de faire face aux échéances de sa dette. Cette affaire a jeté un froid sur la place, car peu de spécialistes avaient anticipé pareille issue. Une forme de cécité collective semble même s’être emparée de tous les observateurs censés connaître l’entreprise.

Les investisseurs ont été aveuglés par la success story d’une des rares Fintech (le mariage de la finance et de la technologie) de cette envergure en Europe. Les agences de notation ont qualifié la société d’ « Investment grade » (émetteur à risque faible), ce qui lui a permis d’emprunter plusieurs milliards d’euros sur les marchés. Le cabinet chargé d’auditer les comptes pendant plus de dix ans n’a pas non plus remonté d’irrégularités. Même le régulateur boursier de Francfort, la BaFin, n’a pas réagi aux différentes alertes pourtant lancées depuis 2016.

Cette banqueroute rappelle les investisseurs à l’ordre : malgré toutes les mesures de contrôle mises en œuvre, il arrive encore que la place financière se fasse duper. D’où l’importance de diversifier ses placements, par secteurs et zones géographiques, au sein de plusieurs établissements. L’histoire récente montre que la protection des épargnants s’est toujours accrue au sortir d’un drame boursier. Mais s’il tend à se réduire, le « risque zéro » n’existe toujours pas.

1988 : L’affaire Péchiney, un important délit d’initiés

Le géant de l’aluminium français Péchiney projette d’acquérir une société américaine, ANC, leader mondial de l’emballage. Dans les jours qui précèdent l’offre d’achat, le titre de la maison mère d’ANC flambe en Bourse : le cours est multiplié par cinq. Péchiney rachète tout de même la société mais paye le prix fort. La COB (Commission des Opérations de Bourse, l’ancêtre de l’Autorité des marchés financiers) est alertée par la SEC, le gendarme de la Bourse de New-York. Elle lance une enquête. Neuf personnes sont poursuivies pour délit d’initiés. Parmi elles se trouvent des proches du président de la République. Une affaire embarrassante pour le pouvoir, alors que plus de la moitié des titres de Pechiney sont aux mains de l’État français. L’affaire Pechiney est l’une des premières où les autorités de contrôle, des deux côtés de l’Atlantique, collaborent efficacement. En outre, elle signe la fin de la clémence à l’égard de la délinquance en col blanc.

1995 : La Barings fait faillite après des prises de positions inconsidérées

Le trader Nick Leeson, employé de la Barings, investit des sommes colossales dans les produits dérivés. Son pari : la stabilité de l’indice Nikkei, à une époque où le Japon affiche une prospérité insolente. C’était sans compter sur le tremblement de terre de Kobe, qui, en janvier 1995, fait plus de 6400 morts, 43000 blessés et cause pour plus de 100 milliards d’euros de dégâts matériels. Un coup d’arrêt brutal au dynamisme économique du pays. Nick Leeson tente alors de couvrir ses pertes en reprenant des positions bien supérieures aux fonds propres de la banque, qui se retrouve en cessation de paiement dès le mois suivant. Circonstance aggravante, le management de Nick Leeson était au courant de sa fuite en avant, ce qui pousse l’ensemble des établissements à revoir leurs procédures de contrôle interne. Un grand nombre d’investisseurs dans les fonds de la Barings sont floués. La banque est finalement revendue un euro symbolique à ING.

2001 : Enron berne le marché

Le courtier en énergie américain affiche en 2000 un chiffre d’affaires de 100 milliards de dollars. Il compte 28000 salariés et toute la place chante les louanges de son modèle économique. Après la publication d’une perte importante à l’automne 2001, une enquête est ouverte. La société est rapidement lâchée par les banques et les investisseurs, sa capitalisation boursière s’effondre et Enron est placé en faillite. On découvre alors que la direction a non seulement gonflé ses profits de façon artificielle, mais aussi isolé et caché ses déficits. Une fraude comptable massive, passée inaperçue aux yeux du cabinet d’audit et des agences de notation. Pire, les dirigeants vendent massivement leurs titres avant d’annoncer les pertes, alors même qu’ils encouragent les salariés à en acheter. Un délit d’initiés caractérisé. A la suite de cette affaire, la loi Sarbanes-Oxley est votée en 2002 aux États-Unis. Elle renforce les dispositifs de contrôle et les sanctions à l’égard des contrevenants. L’adoption des normes comptables IFRS, une présentation comptable harmonisée, est également mise en place. 

2007-2008 : Lehman Brothers entraîne les bourses mondiales dans sa chute

La banque d’investissement américaine a pris des positions très lourdes sur les subprimes, ces crédits immobiliers avec un fort risque de défaut. Lorsque les organismes de crédit qui avaient accordé ces prêts hypothécaires tombent les uns après les autres, suite à la baisse des prix de l’immobilier aux États-Unis et à la hausse des taux d’intérêts, Lehman Brothers enregistre d’importantes pertes. Ne parvenant pas à solder ses positions, elle doit vendre à la casse un grand nombre d’actifs et sa valeur en Bourse dégringole. Au 9 septembre 2008, sa capitalisation boursière a chuté de 85% sur un an, reculant même de 40% en une seule séance. La banque se place en faillite le 15 septembre. Elle entraîne dans sa chute l’ensemble de la place financière de New-York et contamine ensuite tous les marchés mondiaux. Il ne s’agit pas ici d’une fraude caractérisée mais d’une prise de risque inconsidérée au regard des fonds propres de l’établissement. Au cours de la décennie suivante, les différents organismes de régulation bancaire contraindront les banques à renforcer leurs fonds propres. 

L'essentiel à retenir

  • L’affaire Wirecard, qui a éclaté au printemps en Allemagne, a plongé investisseurs, régulateur, agences de notation et sociétés d’audit dans le trouble.
  • De longue date, pourtant, les catastrophes de cet ordre ont émaillé l’histoire des places boursières.
  • La protection des épargnants en est toujours sortie renforcée. Mais ces derniers doivent garder à l’esprit qu’il n’y a pas de « risque zéro ».
Recevez les dernières actualités liées à la gestion de patrimoine S'inscrire à la newsletter