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Convictions

Crise sanitaire : nos convictions sur les marchés financiers, par Frédéric Rollin

Mars 2020

La forte baisse des marchés financiers n’est pas irrationnelle et les économies mondiales devraient reculer fortement. Même si les banques centrales ont pris d’importantes dispositions, le marché va rester volatile et il est trop tôt pour être positif. Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement de Pictet Asset Management, nous fait part des convictions des gérants dans ce climat incertain.

Le monde entier lutte contre le coronavirus, l’économie et les marchés traversent une situation inédite. La situation s’est dégradée tellement vite que les statistiques et indicateurs économiques qui nous parviennent étaient déjà périmés avant même d’être publiés. Il n’y a donc plus lieu de partager des anticipations précises qui seraient de toute façon datées dès leur publication.

Pour commencer, nous avons repris les travaux des économistes Mc Kibbin et Sidorenko, qui avaient réalisé en 2006 une étude sur les impacts économiques des pandémies. En modélisant les conséquences économiques de la grippe espagnole et de la grippe asiatique de 1957-58, ils les ont projetées sur les économies de 2006. Ils ont alors calculé trois scenarios. Avec un impact « léger », le produit intérieur brut (PIB) mondial reculait de 0,7% l’année qui suivait la crise. Avec un impact « modéré », il baissait de 2%, et avec un impact « sévère », il chutait de 4,8%. Nous pensons que l’impact sur le produit intérieur brut (PIB) mondial pourrait être relativement important, et que l’on ne peut reprocher aux investisseurs de tabler sur un scenario entre « modéré » et « sévère ».

Autre méthode de projection : se fonder sur l’historique des marchés boursiers, et observer les baisses de PIB correspondant aux chutes les plus violentes des cours.

Coronavirus : la baisse des marchés n’est pas exagérée

La baisse récente de l’indice S&P 500, autour de 33%, aboutit, selon cette méthode, à un ralentissement économique de l’ordre de 3%. La probabilité de rentrer en récession nous semble donc assez forte, même si nous tablons sur un rebond à moins d’un an. Voilà pourquoi nous considérons que la chute violente observée sur les marchés ces dernières semaines ne relève pas vraiment de l’exagération.

La baisse récente de l’indice S&P 500, autour de 33%, aboutit, selon cette méthode, à un ralentissement économique de l’ordre de 3%. La probabilité de rentrer en récession nous semble donc assez forte, même si nous tablons sur un rebond à moins d’un an. Voilà pourquoi nous considérons que la chute violente observée sur les marchés ces dernières semaines ne relève pas vraiment de l’exagération.

En 2007-2008, la propagation de la crise financière est venue des particuliers trop endettés qui, affectés par une hausse des taux, ne parvenaient plus à honorer leurs échéances de crédits. Aujourd’hui, le risque ne se situe plus du côté des ménages mais des entreprises, qui ont profité de la faiblesse des taux pour s’endetter fortement. Elles abordent aujourd’hui cette crise, qui va induire des baisses élevées de chiffre d’affaires, avec une réelle fragilité financière.

En temps normal, lorsque les perspectives de croissance s’assombrissent, l’or et les obligations jouent un rôle de valeur refuge. Cela n’a pas du tout été le cas ces dernières semaines, ce qui prouve bien que la période que nous vivons est inédite.

D’ailleurs, les appels à la fermeture des marchés, face à cette situation, se multiplient. Sans l’appeler de nos vœux, nous considérons qu’il est juste et pertinent pour les autorités de commencer à y réfléchir. Cela interviendra notamment si les autorités considèrent que les marchés, qui assument un rôle de financement de l’économie et de fourniture de véhicules d’épargne pour les particuliers et les institutionnels, ne remplissent plus leur utilité.

Baisse des marchés : de la patience

De leur côté, les banques centrales ont fortement réagi, envoyant des signaux importants. La Fed, aux Etats-Unis, est hostile au fait de voir passer ses taux directeurs en zone négative, mais elle peut changer d’avis et il lui reste beaucoup d’autres mesures à appliquer. Quant à la banque centrale européenne, nous pensons que ses annonces d’achats d’actifs, coordonnées avec des actions gouvernementales comme la garantie des prêts aux entreprises, seront efficaces. Une baisse des taux, tant attendue des marchés, aurait au contraire été contreproductive, car elle aurait accentué la pression sur les marges des banques qui ont besoin d’être solides pour soutenir pleinement l’économie. Nous pensons néanmoins qu’en Europe, comme aux Etats-Unis, les banques centrales n’ont pas encore agi de façon suffisante, et nous avons la certitude qu’elles devraient de nouveau intervenir rapidement, pourquoi pas de façon plus concertée.

Dans ce contexte, notre stratégie d’investissement reste celle de la prudence. Pour notre fonds Pictet Multi-Asset Global Opportunities, nous avons pris des positions de couverture, notamment sur le marché du crédit.

Quant à un retour sur le marché des actions, nous considérons qu’il est prématuré et que le marché va rester très incertain. Les investisseurs ont besoin de visibilité sur l’étendue et la durée de l’épidémie. Si l’ensemble des grands pays prenaient des mesures de confinement, ce serait, à court terme, une mauvaise nouvelle pour la croissance économique, mais probablement un signal positif pour les marchés. Effectivement, lorsque les économistes auront de la visibilité sur l’épidémie, ils pourront alors faire des anticipations plus précises de croissance, et les investisseurs découvriront peut-être que les niveaux sont attractifs. En attendant, la volatilité règne en maître.  

Points essentiels à retenir

L’économie sera impactée lourdement par la crise sanitaire mondiale.

  • La chute des marchés n’est pas irrationnelle.
  • Les banques centrales sont intervenues fortement mais leur action n’est pas suffisante.
  • La chute se prolongera tant que l’incertitude demeurera sur la propagation du virus.
  • Il est trop tôt pour être optimiste sur les marchés.